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Le prince Georges Vinh-San, ultime témoin de la monarchie d'Annam

Dévouement, engagement et transmission : tels sont les maîtres-mots qui pourraient résumer la vie du prince Georges Vinh-San. Ancien militaire, syndicaliste actif et gardien du souvenir de son père, l’empereur Duy Tan, il est un potentiel prétendant au trône du Vietnam.

Georges Vinh-San est né loin de la terre de ses ancêtres. C’est en 1933 qu’il a vu le jour, sur l’île de la Réunion, dans la ville de Saint-Denis.  C’est à la suite d’un mouvement de rébellion contre les colons français que l’Empereur Duy Tân, son père, a été exilé en 1916 sur ce territoire situé en plein Océan indien. Bien qu’il n’a pas participé directement aux évements,  le souverain de l’Annam a été considéré comme un soutien ouvert à cette agitation que l’administration a eu bien du mal à réprimer.

La vie de la famille va s’organiser autour de cette figure tutélaire qui trompe son ennui dans l’apprentissage du violon, la reprise de ses études. Arrivé adolescent, l’exil va faire prendre de la maturité à l’Empereur Duy Tân installé dans la ville balnéaire de Hell Bourg. Il attire les regards d’autant qu’il est venu accompagné de son père l’Empereur Thành Thá, lui-même détrôné en 1907 pour les mêmes raisons par les autorités coloniales au profit de son fils. La presse locale multiplie les articles sur ces souverains qui provoquent les conversations. Une étrange atmosphère à laquelle n’échappe pas Georges Vinh-San.

L'empereur Duy Tan @wikicommons

Un destin brisé par l'Histoire

La Seconde Guerre mondiale va précipiter le destin de son père. Duy Tân s’engage dans l’armée française et combat les nazis aux côtés des Forces françaises libres sous l’égide du général de Gaulle. Ce dernier envisage à la fin du conflit de le ramener au Vietnam pour unifier le pays et le conduire vers l’indépendance afin de stopper les communistes qui entendent bien se débarrasser des Français. Mais le 26 décembre 1945, l’avion transportant l’Empereur déchu s’écrase en République centrafricaine. Un accident aux circonstances troubles qui suscite encore aujourd’hui de nombreuses interrogations et qui va involontairement profiter à son principal concurrent au trône, l’Empereur Bao Daï. « Il est vrai que ce crash d’avion soulève quelques questions... Peut-être que le projet du général de Gaulle d'accorder l'indépendance au Vietnam en 1945 a dérangé certaines puissances », confie Georges Vinh-San à Radio France International (RFI).

Des théories avancent que certaines nations auraient pu avoir intérêt à empêcher le retour de Duy Tan au Vietnam. « Dans une lettre à un ami, mon père a dit qu'il avait le sentiment que des personnes ne voulaient pas qu'il retourne au Vietnam. On lui aurait même proposé de l’argent pour qu’il renonce à son projet, mais il a refusé », révèle Georges Vinh-San qui se retrouve orphelin. Il va grandir dans l’image d’un père, ce héros aux ambitions brisées par l’histoire.  

Le prince Georges Vinh-San  @wikicommons

Une carrière française dans l'ombre du culte paternel

« Comme mes frères et sœurs, j'ai porté le nom de famille de ma mère, Mme Antier, jusqu'au décès de mon père, le 16 décembre 1945. Une décision de justice du 22 juillet 1946 nous a reconnus comme enfants légitimes du prince Vinh San, mais a ignoré les traditions de la cour annamite en matière de noms », explique le prince Georges Vinh-San à l'auteur Mathilde Tuyet  Tran, lors d’une interview consultable sur le net. Une histoire de famille sur laquelle il ne s'étale pas trop. Après ses études secondaires, le prince Georges Vinh-San choisit de s’engager dans l'armée française. Il sert successivement à Paris, Toulouse, Fréjus et en Martinique, où il épouse Monique en mai 1954. Il participe également aux combats en Algérie. « Servir sous l'uniforme a été une expérience marquante qui m'a appris la discipline et le sens du devoir », confie-t-il, évoquant ces années de service avec émotion. Il a même pu revenir et découvrir le Vietnam en 1946.

En 1967, il quitte l’armée et embrasse une nouvelle carrière dans le commerce international, avant d’intégrer la Direction générale des douanes et des impôts du ministère français des Finances. Rapidement, il s’investit dans l’action syndicale en rejoignant Force Ouvrière (FO), où il est élu en 1975 membre permanent du Bureau National, un poste qu'il occupera jusqu'en 1988. Son engagement syndical témoigne d'ailleurs de son attachement aux valeurs de justice sociale et de défense des droits des travailleurs.

La monarchie vietnamienne est définitivement tombée en 1955, marquant aussi la fin de la présence française en Indochine. C’est la fuite en avant pour des milliers de colons qui doivent rentrer en métropole. Le régime communiste qui s’installe au pouvoir ne reconnait aucun droit à la maison impériale et va s’ingénier à humilier ses anciens souverains dans les livres officiels d’Histoire, les faisant passer pour des « vils collaborateurs » au pouvoir colonial. Georges Vinh-San décide de se consacrer à une seule mission : celle de ramener les restes de son père dans son pays natal. « Pour moi, rapatrier les cendres de mon père dans son pays natal est très important, car mon père l'aimait beaucoup », explique t-il . Georges Vinh-San entame alors des négociations avec Hanoï en 1986. 

La cité impériale de Hué @wikicommons

Un retour sur les terres ancestrales 

« Monsieur Vinh San, vous vous occupez de toutes les démarches côté français, mais lorsque l'avion transportant les cendres de votre père au Vietnam pour l'enterrement atterrira à l'aéroport d’Hué, nous nous occuperons de toutes les démarches de A à Z. » , lui déclare le Premier ministre Pham Van Dong (1906-2000), un ancien proche du Président Ho Chi Minh, le tombeur de la dynastie. Une surprise et une joie. Un an plus tard, le retour du corps de l’Empereur Duy Tân dans la capitale impériale est un succès inattendu qui va attirer les foules. « Les habitants d’Hué avaient pris à cette époque un jour de congé pour accueillir la dépouille de mon père (…). Par cette attitude, c’était comme s’ils me félicitaient d’avoir ramené les cendres d’un des leurs dans son pays d’origine. Cela m’a rendu très heureux », ajoute le prince.

Revenu travailler à la Réunion où il va y séjourner entre 1991 et 1996, le prince Georges Vinh-San n’en oublie pas ses devoirs. Il a conscience qu’il est un potentiel prétendant au trône. Il n’évoque que très rarement ses cousins. L’Empereur Bao Daï est décédé en 1997, ses enfants n’ont guère brillé par leurs prétentions au trône du Dragon et celui qui pourrait revendiquer la couronne, le prince Bao An (72 ans), vit aux États-Unis parmi la communauté exilée vietnamienne qui compte une mouvance monarchiste. Pour certains, Georges Vinh-San est l’actuel prétendant à la couronne impériale (sous le nom de Bao Ngoc) mais lui ne revendique rien. Il sait que la monarchie ne peut revenir au Vietnam tant le pouvoir est verrouillé par les communistes qui ne semblent toujours pas prêts à incorporer le mot « démocratie » dans leur dictionnaire rouge.

Le prince Georges Vinh-San est aujourd’hui le père de quatre enfants, neuf petits-enfants et deux arrière-petits-enfants. Il est à la retraite depuis des années. Il continue de se documenter et écrire sur la vie de son père, de décortiquer son bref règne afin de laisser aux historiens des témoignages inédits. Il se rend encore au Vietnam. C’est un simple citoyen, un touriste comme les autres qui n’est pas un nostalgique. Le livre est désorùais prêt à être refermé, laissant bientôt une dynastie face à son miroir : celui d’une histoire qui continue encore de raviver tous les fantasmes et de fasciner la France.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 03/04/2025

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